Fr)

Les Animaux fantastiques

Le changement climatique provoqué par l’homme transforme profondément le silence du littoral.

Résidant à Royan, sur la côte ouest française de la Charente-Maritime, j’ai été attiré par les transformations du littoral, façonnées silencieusement par la mer et accélérées par le changement climatique.

À la frontière où l’Atlantique rencontre la forêt, sur environ trois kilomètres de côte s’étendant de la plage des Combots jusqu’à Saint-Palais-sur-Mer, le paysage s’effondre lentement et se réécrit. Sous l’effet d’une érosion accélérée, les arbres de la forêt finissent régulièrement par tomber sur la plage puis dans l’océan, impuissants face à la force des vagues et du vent. Cette transformation s’opère souvent dans le silence.

Arbres arrachés, branches brisées, débris rejetés par la mer : un calme ancien perd sa forme, et le paysage cesse d’occuper une place fixe. Ce paysage abîmé constitue le point de départ de la série photographique Les Animaux fantastiques, réalisée entre 2024 et 2026.

Les racines et fragments de troncs éparpillés sur la plage s’entrelacent, se déforment et donnent naissance à des figures indéfinissables, façonnées par ce silence. Elles évoquent des formes de vie à la fois familières et étrangères : escargot, canard, poule, éléphant, souris, vache, cheval, girafe, léopard, phoque, lama, mante religieuse — des êtres que l’on croit reconnaître sans jamais pouvoir les fixer clairement.

Ces figures ne sont pas des monstres imaginaires. Elles émergent plutôt comme des formes vivantes issues d’un paysage en ruine. C’est ainsi que la nature se révèle elle-même. Même dans les lieux blessés et effondrés, les formes renaissent, et les paysages familiers prennent un visage entièrement différent.

L’érosion n’est pas seulement une destruction, mais aussi un processus de révélation de ce qui restait invisible. Là où la terre s’effondre et la forêt recule, nous faisons l’expérience à la fois de la fragilité de la nature et d’une force qui ne disparaît pas facilement. Plus les interventions humaines accélèrent ces transformations, plus la nature apparaît avec évidence.

Les Animaux fantastiques observe ces instants de seuil. Dans ces paysages où réalité et imagination se superposent, la nature n’est plus un simple décor, mais une présence vivante. Ce travail invite à reconsidérer les paysages que nous pensions familiers et à découvrir de nouvelles perceptions au sein même de ce qui disparaît et se transforme.

La nature n’est plus un décor : elle se forme dans le silence.

En)

Fantastic Animals

Human-caused climate change is transforming the silence of the coastline.

Living in Royan, on the west coast of France in Charente-Maritime, I have been drawn to the changing shoreline, silently shaped by the sea and accelerated by climate change.

Where the Atlantic meets the forest, along nearly three kilometers of coast stretching from Plage des Combots to Saint-Palais-sur-Mer, the landscape slowly collapses and rewrites itself. Under accelerated erosion, trees fall onto the beach and are eventually taken by the ocean, powerless against wind and waves.

Uprooted trees, broken branches, and debris washed ashore mark the disappearance of an old balance. This damaged landscape became the starting point of Fantastic Animals, a photographic series produced between 2024 and 2026.

Roots and fragments scattered across the beach intertwine and transform into uncertain figures. They evoke familiar yet strange creatures: snail, duck, chicken, elephant, mouse, cow, horse, giraffe, leopard, seal, llama, praying mantis.

These are not imaginary monsters, but living forms born from a collapsing landscape. Erosion is not only destruction, but also revelation. Nature appears most clearly where the land breaks apart. In these shifting places, the familiar becomes strange, and the landscape reveals another face. Fantastic Animals observes these threshold moments where reality and imagination overlap, and invites us to see nature not as background, but as living presence.